Parcours d’entrepreneur, rencontre avec Esther Moumbe : « C’est bien beau d’avoir des rêves…, mais il est important d’être réaliste pour devenir entrepreneur »

Parcours d’entrepreneur, rencontre avec Esther Moumbe : « C’est bien beau d’avoir des rêves…, mais il est important d’être réaliste pour devenir entrepreneur »

Question : – “Peux-tu te présenter tout en nous expliquant comment t’es venue l’idée de créer ton entreprise ?”

Esther : – “Je m’appelle Esther Moumbe et j’ai 33 ans. En fait… il y a déjà un an et demi, donc en décembre 2016, j’ai fait un burn out ! C’était vraiment très dur, parce que je ne savais pas ce que c’était jusqu’à ce que je le vive et je me suis vraiment posée pas mal de questions… Et le déclic s’est fait à ce moment-là ! Car je me suis dit que s’il ne me restait pas beaucoup de temps à vivre, parce que j’étais vraiment dans un sale état, je me disais que si j’avais l’occasion d’aller mieux, ça devait être ma manière à moi de me motiver et de mettre tout en œuvre pour que mon rêve se réalise. Et la chose qui correspondait vraiment à mon rêve c’était de créer une école pour la jeunesse, parce que j’ai toujours été passionnée par ça, et je me dis qu’il y a tellement de choses à faire, qu’on pourrait améliorer, qu’on pourrait vraiment permettre aux jeunes de mieux se révéler et mieux se connaître justement pour pouvoir mieux s’insérer aussi bien dans la société que dans leur vie professionnelle. Donc c’est de là que m’est venu l’idée de Move On School, une école qui donne aux jeunes le goût d’entreprendre leur vie. Du coup je m’appuie beaucoup sur l’expérience associative que j’ai eu, puisse que j’ai créé une association pour accompagner les jeunes et que même depuis 9 ans j’accompagne les jeunes et je suis très très à l’affût de leurs besoins, de ce qu’ils aiment, de ce qu’ils aiment pas, et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire de ce côté-là.”

Question : – “On pourrait dire qu’il s’agit d’un mal pour un bien ? Sachant qu’il a fallu que tu passes par quelque chose d’assez tragique pour avoir cette motivation là !”

Esther : – “Je pense que … j’aurai créé l’école, mais peut-être pas maintenant ! Je pense que j’aurai fait ça dans 5 ou 10 ans. Je me serai dit “j’ai toute la vie devant moi”, mais je pense que quelque part le déclic s’est fait avec le burn out car je ne pensais pas avoir beaucoup de temps, je me suis dit voilà “et si je m’en sors ?” et ça a vraiment été pour moi un levier de motivation, parce que je reconnais que c’est ça qui m’a fait tenir en me disant qu’il fallait que je me motive parce que c’est ce qui me permettrait de rebondir. C’est même pendant cette période que toute la démarche est née, tous les programmes que je mets en place aujourd’hui pour les jeunes, le fait que ce soit structuré d’une certaine manière et pas autrement … Tout ça est né pendant cette période où je me suis dit “Qu’est-ce que quelqu’un de non motivé, qui ne trouve ni sa voie ni de sens, pourrait vouloir ?”. C’est selon moi la partie où j’ai été la plus créative car j’ai pu faire une ébauche de l’atelier, créer de nouveaux ateliers que j’ai animé au sein de mon association pour les tester et les expérimenter. Aujourd’hui, tout ça me pousse à croire que c’est un projet qui est ambitieux qui demande du temps et de l’implication, mais c’est aussi un rêve pour moi de voir que petit-à-petit les choses avancent.”

Question : -”Donc tu étais déjà bien rodé avant de rejoindre time2start ?”

Esther : -” En fait avant que Time2start démarre j’avais déjà l’idée, j’avais même déjà été accompagnée par MakeSense, qui est un collectif, un incubateur, pour entrepreneurs sociaux … Ils m’avaient beaucoup aidé sur l’aspect problématique car moi je suis arrivée en leur disant que je voulais créer une école qui soit très humaine et qui donne confiance aux jeunes. Du coup ils m’ont de faire une problématique et regarder ce qui existe, c’est eux qui m’ont parlé de l’école Montessori, qui faisait déjà un peu la même chose… Ils m’ont beaucoup emmené dans l’analyse un peu du marché dans lequel j’évolue et au bout de 3 mois d’accompagnement je sentais qu’il me manquait quelque chose quand même. Je me suis dit que là il me fallait quelque chose de plus concret. Après ils nous ont beaucoup aidé sur le picth, et on a pitché devant plusieurs personnes comme notamment, Mohamed Yunus qui est le prix Nobel de la paix, mais après MakeSense je sentais qu’il me manquait vraiment quelque chose …”

Question : -”Comment as-tu connu time2start ? Et qu’est-ce que ça t’a apporté ?”

Esther: -” Je pense que la veille ou un jour avant la fin des inscriptions de time2start, je vois, via enactus je crois, une annonce “oui time2start recherche une promotion ..” j’ai dit “quoi ?” et je ne me suis même pas poser la question je me suis inscrite tout de suite mais en me disant “bon comme tu fais toujours les choses à la dernière minute ça se trouve on ne va pas te prendre … “et je crois que la déléguée générale m’a appelé le lendemain en me disant que mon projet était bien qu’elle avait travaillé dedans et qu’il y aura des entretiens. Je me suis “ah ouais là c’est du sérieux !” Chez Time2start j’ai pu pitcher devant des professionnels, et eux, savaient de quoi je parlais, ils se mettaient dans une posture d’investisseurs et pouvaient analyser la viabilité du projet … Quand ma candidature a été retenue j’étais super contente parce que je sentais que mon projet commençait à s’essouffler et que c’est bien beau d’avoir des rêves mais à un moment donné il faut aussi parler business plan, du chiffrage .. Au fait depuis que je suis arrivée à Time2start j’ai pu voir la réalité en face en ce qui concerne le monde entrepreneurial et ça m’a emmené à creuser plus et j’ai rencontré plein de partenaires, j’ai vu ce qui été possible, pas possible, j’ai modifié ma stratégie à plusieurs reprises et moi je trouve que c’est ça le métier d’entrepreneur parce que tout n’est pas linéaire, il faut tester des choses, des fois il faut se planter et recommencer, soumettre ses idées etc. Du coup on est tout le temps en perpétuelle réflexion. Pour moi, l’accompagnement de Time2start complète vraiment celle que j’ai eu avant. Nous avons fait des ateliers autour du pacte d’actionnaires et ça m’intéresse car je veux créer une coopérative. Tout ce réalisme est nécessaire car ce côté concret et pragmatique de Time2start nous ramène au fait que, certes c’est dur, mais c’est comme ça et il faut avancer.”

Question : -”D’où te viens cet engouement de vouloir aider les jeunes ?

Esther : -”Etant jeune, j’ai eu énormément de mal à trouver ma voie … J’ai énormément galéré ! D’ailleurs, pour être honnête … jusqu’en master 2 je me posais encore des questions sur ce que je voulais faire car je faisais partie des jeunes ayant des “profils atypiques ”et pour moi ce n’était pas ça, c’était des personnes qui selon moi aimaient faire beaucoup de choses et en fait c’était un profil entrepreneurial et comme je n’avais pas encore bien fait ma propre analyse à l’époque je ne pouvais pas savoir que j’étais faite pour ça. Donc j’ai cherché par tous les moyens à savoir pourquoi j’étais faite, je demandais aux gens “Tu me vois dans quoi ?”. En fait, j’ai suivi tout le parcours que peut suivre un jeune aujourd’hui, je suis allée dans des maisons de l’emploi etc. Et j’ai trouvé ma voie en expérimentant des choses en me mettant en contact avec de gens passionnés et c’est comme ça que j’ai trouvé ma vocation pour les jeunes et je le dis aujourd’hui que c’est une vocation parce que je ne suis pas arrivée là parce que c’est un métier ou que j’ai fait une formation particulière, je me suis juste rendu compte que j’avais une certaine sensibilité qui fait que quand qu’on on parle de “jeunesse” il faut que je sois dans les parages.”